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LE FRANC CFA SERAIT-IL UN FREIN AU DEVELOPPEMENT DE L’AFRIQUE ?

  • Posted by: Ismens
  • On: August 28, 2015

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De l’avis général, cela va sans dire que le développement tant souhaité par l’Afrique dépend principalement de la mise en valeur de ses richesses et ressources tant matérielles qu’humaines. Force est toutefois de reconnaitre que le développement du continent doit également et sûrement passer par d’autres facteurs dont la monnaie que nous allons ici définir simplement comme « instrument de paiement en vigueur en un lieu et à une époque donnée ». Précisons aussi que la confiance qu’ont les utilisateurs dans la persistance de la valeur d’une monnaie et de sa capacité à servir de moyen d’échange est d’une importance des plus capitale pour la dite monnaie, car imaginez juste un instant ce qui pourrait se passer en période de trouble ou de perte de confiance? Catastrophique, n’est-ce pas? Aussi, les Etats ont de tous temps pris la mesure de la chose et n’ont jamais laissé à une autre autorité ou institution, ni le soin de définir la devise officielle en usage sur leur territoire, ni le monopole de l’émission des billets et des pièces. Ils vont même jusqu’à exercer au moyen de la législation et de la politique monétaire des banques centrales, un contrôle sur la création monétaire des banques commerciales. Autrement, les Etats perdraient tout pouvoir monétaire. Sur le continent africain, ont cours plusieurs monnaies dont le franc CFA. Mais qu’est-ce que le franc CFA ? Quels sont les pays qui l’utilisent? Quel est son incidence sur l’économie et le développement de l’Afrique ? Serait-il un frein au développement de l’Afrique?

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Pour bien apprécier les critiques dont le Franc CFA fait l’objet aujourd’hui, il serait approprié de faire un petit tour en arrière pour interroger l’histoire. Nous n’avons pas du tout l’intention de refaire ici l’historique du Franc CFA, mais juste rappeler quelques dates et évènements clés en rapport avec notre monnaie. En effet, le Franc CFA, tel que nous le connaissons aujourd’hui, est un héritage de la colonisation. Initialement créé en 1939, il verra officiellement le jour le 26 décembre 1945, le même jour où la France a ratifié les accords de Bretton Woods et a procédé à sa première déclaration de parité au Fonds Monétaire International (FMI). Le Franc CFA prit alors la signification de « Franc des Colonies Françaises d’Afrique et son émission fut naturellement confiée à la Caisse Centrale de la France d’Outre-mer. 1 FCFA valait alors 1,70 FF. Le 17 octobre 1948, le franc français (FF) a été dévalué. 1 FCFA équivaut alors à 2,00 FF. Mais l’instauration du nouveau franc français (FRF) le 27 décembre 1958 va ramener 1 FCFA à 0,02 FRF. Le FCFA va lui-même subir une dévaluation de 50% le 11 janvier 1994, ce qui va ramener 1 FCFA à 0,01 FRF. Finalement, le nouveau franc français (FRF) va disparaitre et céder la place à l’euro (€). Ainsi, à partir du 1er janvier 1999, et ce jusqu’à ce jour, le Franc CFA est désormais arrimé à l’euro par l’égalité « 1€=655,957 FCFA ». Deux significations se disputaient les initiales CFA : « Communauté Financière Africaine » pour les sept (07) Etats de l’Ouest et « Coopération Financière de l’Afrique centrale » pour les six (06) pays. Mais en 1958, le Franc CFA va redevenir « Franc de la Communauté Française d’Afrique ». Les colonies françaises d’Afrique, ayant donc en commun l’usage du Franc CFA, constituent par voie de conséquence la zone franc CFA. Aujourd’hui, ils sont, mis à part l’Union des Comores et l’île de la Réunion, quatorze (14) Etats, répartis en deux (02) groupes au sein de la partie purement africaine de la zone franc :

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L’Union Economique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA) regroupe huit (08) pays (Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Guinée-Bissau, Mali, Niger, Sénégal, Togo) avec pour banque centrale la BCEAO (Banque Centrale des Etats de l’Afrique Occidentale) et la Communauté Economique et Monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC) six (Cameroun, Congo, Gabon, Guinée Equatoriale, Centrafrique, Tchad) avec pour banque centrale la BEAC (Banque des Etats de l’Afrique Centrale).

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A n’en pas douter, ces anciennes colonies françaises ont leur part d’intérêt à tirer de ce partenariat. Par exemple, Le Franc CFA, grâce à son lien fort avec le Franc Français (avec l’Euro actuellement), confère aux pays de la zone franc, une certaine crédibilité internationale que d’autres pays n’ont pas, ce qui a permis à certains de ces pays de diversifier leurs échanges et de consolider leur économie. En outre, le franc CFA fonctionnant comme un pot commun de devises, la zone franc favorise alors un équilibre global des réserves monétaires des pays membres. Cette coopération dans la zone franc permet donc aux pays membres qui ont une économie fragile et un régime politique assez souvent instable d’avoir malgré tout une monnaie stable. Toutefois, la gravité des méfaits de ce partenariat entre la France et ses anciennes colonies amène plus d’un africain à penser qu’il s’agissait depuis le début de l’histoire de la zone franc, de restaurer dans ce regroupement d’anciennes colonies françaises entre temps isolées de la métropole durant la seconde guerre mondiale, l’autorité monétaire de la France. Et ce n’est pas une affirmation gratuite. Depuis l’origine, le lien fort entre le Franc Français (l’Euro actuellement) et le Franc CFA assure une libre convertibilité, ce qui fragilise évidement l’autonomie des pays de la zone vis-à-vis de la France, car imprimer du Franc CFA équivaut à créer du Franc Français (Euro). La banque de France contrôle donc les politiques monétaires des banques centrales de la zone franc d’autant qu’elle s’engage à leur fournir des devises en cas de besoin. Aucune décision de la CEMAC et de l’UEMOA, ainsi que de leurs banques centrales (BEAC et BCEAO) ne peut donc être prise sans l’accord de la banque de France. En outre, les pays de la zone franc doivent obligatoirement déposer 50% de leurs réserves de change auprès du trésor public français. Ainsi par exemple, la BEAC et la BCEAO disposaient d’un dépôt de plus de 3 600 milliards de francs CFA (environ 72 milliards d’euros) auprès du trésor public français en 2005. Evidemment, cet état de choses a des répercussions malencontreuses sur l’économie des pays de la zone franc qui souffrent de leur monnaie trop surévaluée, car l’Euro s’avérant une devise extrêmement forte, ils se trouvent, pour ainsi dire, handicapés pour exporter leurs produits vers d’autres destinations que l’Europe. Qui plus est, le fait qu’aucun pays de la zone franc ne soit en mesure de créer de la monnaie selon ses propres besoins constitue un levier quelque peu dangereux, car cela pourrait aisément, soit ralentir l’économie, soit favoriser une inflation relativement basse vu les taux nettement supérieurs dans les pays voisins. Les pays de la zone franc sont aussi tenus d’avoir une maîtrise parfaite de leurs dépenses publiques au risque d’avoir des fins de mois difficiles, car le trésor public français ne consent à chaque pays que des avances n’excédant pas 20% ses recettes budgétaires. Ainsi donc, tout pays de la zone qui ose déraper un tant soit peu de cette voie volontairement resserrée par la France, accuse à coup sûr, du retard dans le paiement des factures de l’Etat et dans le versement des salaires aux fonctionnaires.

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On comprend dès lors que notre monnaie, le FCFA fasse l’objet de critiques de la part des africains soucieux du développement de leurs pays. C’est ainsi qu’avec les indépendances, les voix se sont levées contre les pratiques de la zone franc. Ces critiques à la fois idéologique, économique et financière trouvent leur fondement dans l’aspiration des peuples à l’indépendance, la vraie, pas la pseudo. Beaucoup d’intellectuels africains, depuis les années 60 jusqu’à nos jours réalisent que le mécanisme du FCFA est de nature à pérenniser des relations normalement dépassées entre la France (ancienne métropole coloniale) et les pays nouvellement mais désormais indépendants. Quoi qu’on dise, ces pays bien que déclarés « indépendants », restent malheureusement et fortement « dépendants » car ils sont dans la pratique privés d’un réel pouvoir monétaire, rouage d’une réelle et véritable indépendance. Forts de cette conviction, le Mali et le Madagascar quittent la zone franc respectivement en 1962 et en 1973. Outre l’autorité monétaire que confère le FCFA à la France sur les pays de la zone franc, les critiques portaient aussi sur les conséquences des fluctuations du franc français. Pourquoi? La valeur du franc français, donc la valeur du FCFA, s’était pendant longtemps mesuré sur la base des relations économiques et financières entre la France et l’Allemagne et non sur celle des réalités et besoins des pays de la zone franc. C’est toujours le cas aujourd’hui avec l’euro. La valeur du franc CFA est déterminée beaucoup plus par ce qui se passe dans la zone euro que par les réalités économiques des pays de la zone franc.

Tout comme beaucoup d’africains, de plus en plus imprégnés des réalités monétaires, Buntu Afrik s’interroge sur le bien-fondé du maintien du FCFA qui reste après tout une monnaie coloniale. Même si l’on reprochait à Buntu Afrik de ne pas maîtriser les phénomènes monétaires et de s’inviter dans un débat où seuls les initiés ont voix aux chapitres, comment ferait-on accepter aux millions de Buntuafricains et de Buntuafricaines qu’après plus de 50 ans d’indépendance les pays de la zone franc n’arrivent toujours pas à la souveraineté monétaire?

 

 

 

 

 

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