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QUEL PROFIL POUR LES PRESIDENTS AFRICAINS?

  • Posted by: Ismens
  • On: August 10, 2015

elisabeth akua ohene

« Je ne pouvais tout simplement pas résister après l’annonce du Bureau du président gambien ! ». Qu’a donc annoncé le bureau du président gambien de si enthousiasmant pour décider la ghanéenne Elizabeth Akua OHENE, écrivain, journaliste et ancien ministre à s’exclamer de la sorte ? Selon le communiqué officiel, un autre titre venait d’être ajouté à la longue liste « déjà absurde » (selon Elizabeth) de titres détenus par le président. Non fier de « Le Président de la République de la Gambie, Commandant en Chef, Sheikh, Professeur, Alhaji, Dr., etc », Yahya Jammey se veut plus innovant : il veut être désormais connu officiellement comme « Son Excellence Cheikh Professeur Alhadi Dr. Yahya AJJ Jammeh Babili Mansa ». Mais pourquoi, le président gambien se donne-t-il tant de titres ? Les mérite-t-il du moins ? Pourquoi, Elisabeth Akua OHENE s’offusque-t-elle à sujet ? Qu’attendent les africains de leurs présidents ?

yahya jammehmobuturobert mugabe

Certes, c’est un phénomène universel. Partout dans le monde, les présidents cherchent toujours à se faire une image à la hauteur de leurs ambitions, de leurs succès, et de leurs honneurs en se faisant appeler par des titres hors du commun. Notez par exemple, ceux de Sa Majesté, la Reine d’Angleterre : “Elizabeth the Second, by the Grace of God of the United Kingdom of Great Britain and Northern Ireland and of Her other Realms and Territories Queen, Head of the Commonwealth, Defender of the Faith“. Toutefois, le phénomène semble avoir une ampleur démesurée sur le continent noir. En effet, l’Afrique connaît très peu de présidents non friands de titres. Le cas gambien n’est pas unique. Le sergent-major devenu président du Zaïre (actuelle République démocratique du Congo), Joseph Mobutu, a pris la chose d’une manière très extravagante en devenant « Mobutu Sese Seko Kuku Ngbendu Waza Banga », ce qui signifie « le guerrier qui va de conquête en conquête laissant le feu sur son sillage ». Au Zimbabwe, non seulement la télévision d’Etat, pour parler du président, se réfère à « Son Excellence, Le Président, Robert Gabriel Mugabe, Commandant en chef des Forces de défense du Zimbabwe », mais aussi lors des événements sociaux, les ministres ont l’obligation d’ajouter : « Patron des anciens combattants, Premier Secrétaire du Parti, Le Chancelier des Universités d’Etat », et même « Le Guide Suprême, Premier Citoyen de la Nation, Professeur de Diplomatie ». A entendre tous ces titres aussi fanfarons et surtout absurdes les uns que les autres, on dirait que nos présidents sont les meilleurs citoyens du monde ou de l’Afrique du moins. Mais tant s’en faut. Ils prétendent être des sauveurs, des guides, … pour les pauvres populations, mais une fois arrivés au pouvoir, au mieux ils oublient leurs populations et au pire se retournent contre elles. Le sort des populations ne les intéresse guère, seul le pouvoir les préoccupe. Aussi, se donnent-ils toutes les peines du monde pour s’accrocher aussi longtemps que possible au pouvoir au mépris de la Constitution et d’autres accords et directives des organisations internationales. Comme le dirait l’un d’eux, « aucun sacrifice n’est trop grand » lorsqu’il s’agit du fauteuil présidentiel. Chose curieuse, ils foulent aux pieds les dispositions constitutionnelles qu’ils ont pourtant prêté serment de défendre. Ils déploient de faramineux moyens pour se mettre la communauté internationale dans la poche. Et même, lorsque ce n’est pas acquis, ils préfèrent avoir cette communauté internationale sur le dos plutôt que de lâcher le pouvoir. Mais tous les africains, surtout les présidents et l’ensemble de tous ceux qui sont en passe de le devenir, doivent savoir que vouloir rester au pouvoir à vie n’est nullement de la sagesse, ou de la force, ou encore du prestige ; c’est purement et simplement de la bassesse, de l’abomination. Nos présidents doivent se mettre une bonne fois pour toutes dans le crane qu’être président à vie, c’était il y a longtemps, au temps de nos arrière-grands-parents. A l’époque aussi, il n’y avait que des royaumes ou des empires. Mais ce temps est bel et bien révolu. Depuis, de nouvelles formes de régime politique ont vu le jour, et celle qui fait l’unanimité aujourd’hui est la démocratie. La démocratie aussi, il faut le reconnaître, est loin d’être le parfait régime pour les africains, toutefois elle reste le seul qui réponde au mieux aux aspirations des peuples africains en ce moment. Alors, un président africain qui s’avise encore de nos jours à s’accrocher au pouvoir après deux (02) mandats, se rend immanquablement coupable d’un bel anachronisme. Bien-sûr, il y en a qui sont déjà passés par là comme l’a dénoncé Elisabeth Akua OHENE.

hastingsamin dada

Ainsi, au Malawi, Hastings Kamuzu Ngwazi Banda se faisait appeler « Son Excellence Le Président, Dr Hastings Kamuzu Ngwazi Banda, Président à viede la République du Malawi », et gare à quiconque ose oublier une virgule ; il risque d’avoir de très sérieux ennuis. Même son de cloche en Ouganda : « Marshall Field Dr Idi Amin Dada MC DSO CBE (Conquérant de l’Empire britannique), Président à vie de l’Ouganda ».

obama

On pourrait allonger la liste des Chefs d’Etat africains qui se font appeler « Président à vie », mais à bien analyser leur vie et leur règne, le constat reste le même que celui du président américain Barak Obama lors de son discours à l’Union Africaine, le mardi 28 juillet 2015 à Addis Abeba. : « Les dirigeants africains qui s’accrochent au pouvoir mettent en péril les progrès démocratiques sur le continent ». Il va jusqu’à dire ouvertement à nos présidents africains qui refusent de quitter le pouvoir après leur mandat que « Personne ne devrait être président à vie ». Et lorsqu’il a ajouté « Je ne comprends pas pourquoi les gens veulent rester si longtemps au pouvoir, en particulier quand ils ont beaucoup d’argent », le véritable tonnerre d’applaudissements interminables qui s’en est suivi condamna de manière cinglante les présidents qui essaient de changer les règles au milieu de la partie, simplement pour rester au pouvoir ainsi que les énergumènes d’africains qu’ils envoient à coup de quelques billets de CFA dans la rue pour simuler un prétendu élan populaire en faveur d’une modification des dispositions constitutionnelles pour permettre aux présidents de se maintenir au pouvoir à vie. Quant aux présidents qui après deux mandats, prétendent avoir encore besoin d’un peu de temps pour continuer et parachever l’œuvre de construction nationale qu’ils ont si merveilleusement amorcée, Obama répond : « Si un dirigeant pense être le seul capable d’unir sa nation, alors ce dirigeant n’a pas réussi à réellement bâtir son pays » avant de souligner que « Nelson Mandela et George Washington ont laissé un héritage durable en quittant leurs fonctions et en transmettant le pouvoir pacifiquement ».

pierre nkurunzizapaul kagamejoseph kabila

Le président américain avait-il des griefs contre ses homologues africains ? Pas du tout. Tout comme Elisabeth Akua OHENE, il « ne pouvais tout simplement pas résister après » l’obstination de certains présidents comme le burundais Pierre Nkurunziza. Cela amènera probablement d’autres présidents tels que Paul Kagame du Rwanda (au pouvoir depuis 1994), Denis Sassou Nguesso du Congo (plus de 30 ans au pouvoir) et Joseph Kabila Kabange de la République Démocratique de Congo (président depuis le 16 janvier 2001) à réfléchir plus d’une fois avant se lancer dans leur projet de modification des textes constitutionnels afin de se maintenir au pouvoir. Par ce discours à la satisfaction de tous les vrais africains, Barak Obama entend singulièrement appeler les présidents africains à respecter les limitations du nombre de mandats et leurs Constitutions. En cette occasion, Buntu Afrik est heureux de joindre sa voix à celle de tous les africains et de toutes les africaines pour rendre un vibrant hommage au président américain, Barak Obama, pour ce discours franc et direct qui tourmentera, nous l’espérons, ce qui reste encore de la conscience de nos présidents africains.

Alors, chers Buntuafricains et chères Buntuafricaines, que pensez-vous de nos chers présidents ? Les titres extravagants qu’ils se donnent et leur folle envie de rester au pouvoir à vie ainsi que leur aveuglante obstination à s’accrocher au pouvoir vous paraissent-ils acceptables ? Et quelles que soient leurs qualifications, leurs motivations et leurs réalisations, estimez-vous que ce soit un bon signe pour les avancées démocratiques et le développement de notre continent ? Enfin, quel profil voulons-nous pour nos chers présidents africains ? Des présidents humbles, travailleurs, soucieux du bien-être des populations et qui passent le témoin après deux mandats, ou des présidents despotes aux titres tintamarresques et qui refusent toutes limitations du nombre de mandats ?

 

 

 

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